Mosquées radicales : que propose réellement Jordan Bardella et quels seraient les enjeux d’une telle mesure ?
La question de la fermeture des mosquées qualifiées de « radicales » revient régulièrement au cœur du débat politique français. En 2025, Jordan Bardella avait défendu une ligne particulièrement ferme contre l’islamisme, affirmant que, si le Rassemblement national arrivait au pouvoir, il faudrait notamment fermer les mosquées radicales, expulser les imams étrangers prêchant la haine et remettre en cause certains dispositifs de financement liés au Qatar
Cette proposition soulève une question simple mais essentielle : comment distinguer une mosquée effectivement impliquée dans la diffusion d’un discours dangereux d’un lieu de culte musulman qui exerce simplement sa liberté religieuse ?
Une proposition qui s’inscrit dans un programme plus large
La fermeture des mosquées radicales ne constitue pas, dans le discours de Jordan Bardella, une mesure isolée. Le président du RN a également proposé d’interdire et de dissoudre les Frères musulmans en France et de les considérer comme une organisation terroriste. Il a affirmé que certaines mosquées seraient liées à cette mouvance et a évoqué le chiffre de 139 établissements.
Son approche vise plus largement ce qu’il présente comme la lutte contre les « idéologies islamistes ». Dans différentes interventions, il a défendu l’idée d’une législation permettant de faciliter la fermeture de lieux de culte, la dissolution d’associations politico-religieuses et l’expulsion d’étrangers considérés comme radicalisés.
Pour ses partisans, l’objectif est avant tout sécuritaire : empêcher que des lieux de culte servent de relais à des discours appelant à la haine, à la violence ou au rejet des principes républicains.
La France dispose déjà de moyens pour fermer certains lieux de culte
Il serait toutefois inexact de présenter la fermeture des mosquées radicales comme une possibilité totalement inexistante dans le droit français.
Les autorités disposent déjà de mécanismes permettant de fermer temporairement certains lieux de culte lorsque des propos ou activités constituent notamment une provocation à la haine, à la violence ou au terrorisme. Le Sénat rappelle que ces mesures sont fortement encadrées, notamment parce qu’une fermeture porte atteinte à la liberté de conscience et au libre exercice des cultes.
La question posée par Bardella est donc plutôt celle de l’efficacité et de la durée de ces procédures. Le responsable politique estime que les dispositifs actuels ne permettent pas toujours d’empêcher durablement la réouverture d’un lieu qu’il considère comme radicalisé.
Attention aux chiffres et aux amalgames
L’un des principaux enjeux du débat concerne également la définition même d’une « mosquée radicale ».
Tous les lieux de culte musulmans ne sont évidemment pas concernés. Des responsables gouvernementaux avaient déjà souligné que la grande majorité des mosquées françaises n’étaient pas radicalisées et que seules certaines faisaient l’objet d’une surveillance ou de procédures spécifiques.
Par ailleurs, certains chiffres avancés dans le débat politique ont été contestés ou nécessitent d’être replacés dans leur contexte. En 2022, Le Monde rappelait notamment que le chiffre de 570 « mosquées radicales » souvent évoqué dans le débat ne correspondait pas aux données disponibles publiquement. Des chiffres beaucoup plus limités avaient été évoqués par les services de renseignement concernant les lieux de culte salafistes ou liés aux Frères musulmans.
Cette prudence est importante : la lutte contre l’islamisme ne peut pas reposer sur une assimilation entre islam, pratique religieuse musulmane et radicalisme politique ou violent.
Une mesure qui pourrait diviser profondément la société
Pour les électeurs favorables à la proposition de Jordan Bardella, la logique est claire : lorsqu’un lieu de culte devient un espace de propagation de la haine ou de soutien à une idéologie violente, l’État doit pouvoir intervenir rapidement et efficacement.
Ses opposants soulignent au contraire le risque de généralisation et la nécessité de respecter les libertés fondamentales. Une politique de fermeture ne pourrait être légitime que si elle repose sur des faits précis, vérifiables et juridiquement établis, et non sur l’appartenance religieuse des fidèles ou sur les opinions supposées d’une communauté entière.
Le débat porte donc moins sur la question de savoir s’il faut combattre les discours appelant à la violence — principe largement partagé — que sur les critères permettant de déterminer qu’un lieu de culte doit être fermé et les garanties offertes aux personnes concernées.
Entre sécurité et liberté religieuse
La proposition de Jordan Bardella place ainsi les Français devant un véritable choix politique. D’un côté, la République doit disposer d’outils efficaces pour lutter contre le terrorisme, l’incitation à la haine et les mouvements qui cherchent à remettre en cause violemment l’ordre démocratique. De l’autre, la liberté de conscience et la liberté de culte constituent elles aussi des principes fondamentaux de l’État de droit.
Une politique efficace devrait donc permettre de cibler précisément les comportements et les organisations réellement dangereux, tout en évitant de transformer la religion musulmane dans son ensemble en problème de sécurité.
La question n’est finalement pas seulement : « Faut-il fermer les mosquées radicales ? » Elle est aussi : « Qui définit la radicalité, sur quelles preuves, selon quelle procédure et avec quelles garanties ? »
C’est sur ces critères concrets — davantage encore que sur les slogans politiques — que devrait se concentrer le débat public.