Sébastien Lecornu a réuni plusieurs grandes banques françaises, lundi, pour les
inciter à financer les campagnes présidentielles de 2027, y compris celle de la
candidate du Rassemblement national, qui peine à décrocher un emprunt dans
l’Hexagone.
:quality(50)/2026/07/28/6a68949dd4cc1816790613.jpg)
Marine Le Pen et Sebastien Lecornu. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP – BASTIEN
OHIER / HANS LUCAS / AFP)
Sebastien Lecornu planche sur la campagne presidentielle.
Pas la sienne, mais celles des autres, menacees selon le Premier ministre par des
risques d’ingérence étrangère.
Outre un projet de loi visant les interferences en ligne, le gouvernement cherche à
convaincre les banques françaises d’accorder des prêts aux – nombreux –
candidats visant le scrutin des 18 avril et 2 mai 2027.
Des représentants des principales banques françaises ont ete reçus à Matignon
lundi 20 juillet, et le cas de Marine Le Pen, en difficulté pour décrocher un emprunt,
a été évoqué.
Signe que le sujet est sensible, l’entourage du Premier ministre n’a officialise cette
réunion que quelques jours plus tard, jeudi.
L’objectif de Matignon est “de ne pas mettre dans la campagne des reseaux
financiers étrangers”, explique l’entourage du Premier ministre, alors que Marine Le
Pen s’était tournee vers une banque russe pour emprunter plus de 9 millions
d’euros en 2014, face aux refus de prêts des banques hexagonales.
En 2022, c’est un établissement hongrois qui lui avait accordé un crédit d’un peu
plus de 10 millions d’euros.
“Pour garantir le bon deroulement de la campagne et de ses enjeux démocratiques,
il est essentiel que tous les candidats, quel que soit leur bord politique, puissent
accéder à des financements français pour financer leur campagne”, poursuivent les
équipes de Sebastien Lecornu.
Devant les banques réunies le 20 juillet, Matignon a mis sur la table l’idee d'”un
accord entre plusieurs banques, dans le cadre duquel l’Etat pourrait couvrir une
partie du risque de non-recouvrement”.
Il s’agit de “reprendre un bout de la banque de la démocratie”, explique-t-on, en
reference a la proposition phare de l’ancien Premier ministre Francois Bayrou.
L’executif espere concretiser cette solution a l’automne, dans le cadre de la loi de
finances.
De nouveaux echanges avec les banques doivent avoir lieu, mais pour l’heure,
certaines semblent dubitatives.
“Preter a des candidats a la presidentielle est devenu bien plus risque”, estime-t-on
au sein d’un des etablissements invites par le Premier ministre.
Le président de la Federation bancaire francaise (FBF), Daniel Baal, egalement
président du Crédit mutuel, a proposé que l’Etat se porte garant des prêts accordés
aux candidats, ou qu’il leur verse une avance.
Comme le prévoit la loi, les candidats qui dépassent les 5% de suffrages exprimés
au premier tour de la présidentielle peuvent se faire rembourser leurs frais de
campagne par l’Etat, à hauteur de 8 millions d’euros maximum, et 10,7 millions
d’euros s’ils se qualifient pour le second tour.

Mais ce mécanisme est conditionné à l’approbation de leurs comptes par la
Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques
(CNCCFP).
“Qui aurait pu penser que le president sortant Nicolas Sarkozy, en 2012, se fasse
invalider ses comptes de campagne ?”
, a pris en exemple Daniel Baal, le 4 mai, sur BFM Business.
D’autres candidats, comme Valerie Pecresse en 2022, ont du faire appel aux dons
de particuliers pour rembourser leur emprunt après avoir échoué à atteindre la
barre des 5%.
L’ancien depute Jean Lassalle a, lui, lance mi-juillet une cagnotte pour financer sa
troisième candidature a la presidentielle.
Ces éléments expliquent en partie la frilosité de nombreuses banques françaises,
ainsi que des craintes d’eventuelles repercussions sur leur image, même si elles
s’en défendent.
Les banques “ne pretent pas sur des criteres coup de cour”, elles prennent des
“décisions rationnelles”, a assuré Maya Atig, directrice générale de la Fédération
bancaire française (FBF), à l’AFP.

Alors que les dépenses de campagne doivent être comptabilisées à partir du
1er avril 2026, le RN cherche a emprunter 10,7 millions d’euros.
Le parti, donné largement au-dessus des 5% dans les intentions de vote, démarche
plusieurs établissements français et européens en Italie, en Allemagne, en Hongrie
et au Royaume-Uni, depuis plusieurs mois.
En vain a ce stade, a confirme a franceinfo le tresorier du parti, Kevin Pfeffer, debut
juillet.
“C’est un probleme”, estimait Daniel Baal, interroge le 29 avril sur RTL.
“Les prets de particuliers ne peuvent pas financer une campagne présidentielle.
Donc, on fait quoi ?”
, avait alors reagi Marine Le Pen, sur X.
Sa condamnation en appel pour detournement de fonds publics, a hauteur de
2,8 millions d’euros, à rembourser au Parlement européen si la peine était
confirmee en cassation, n’est pas de nature a rassurer les banques, affirme une
source bancaire a franceinfo.
Contactée, la FBF, qui représente environ 320 banques, renvoie la balle au
gouvernement : “L’élection présidentielle relève de l’interet général, il appartient à
l’Etat d’étudier la mise en œuvre de solutions publiques particulières et propres à
cette élection.”