
Le président du Rassemblement national a réagi dans les colonnes du Figaro. Il l’assure : pas d’amertume ni de jalousie. Il soutiendra Marine Le Pen à la présidentielle et veut devenir son Premier ministre en cas de victoire.
C’était une prise de parole attendue. Cinq jours après la décision de la Cour d’appel qui a ouvert les portes de la présidentielle à Marine Le Pen, le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, s’est longuement confié au Figaro. Alors qu’il se prépare à concourir à l’élection suprême, il assure n’avoir aucune amertume ou déception. « Lorsque je lis les journaux et j’écoute les commentateurs depuis mardi, j’ai l’impression d’assister à mon propre enterrement politique. Qu’ils gardent les pelles, je n’ai pas l’intention d’y participer. À dire vrai, tout commence », détaille-t-il précisant : « Je vais très bien. Merci de vous en soucier. »
L’ancien plan B devenu champion des sondages et auteur de best-sellers politiques dénie « toute forme d’humeur contrariée ou de déception ». « La France est en danger et nous avons pour mission de la sauver », assure-t-il. À 30 ans, il a pourtant été longtemps le candidat le plus probable pour le RN, parfois traité comme un futur chef d’État lors de déplacements à l’étranger comme en Pologne. Mais la décision de la cour d’appel de Paris, mardi dernier, a rendu à Marine Le Pen son éligibilité. Et grâce à un pourvoi en cassation, elle repousse la mise en œuvre éventuelle de la peine d’un an de bracelet électronique à laquelle elle a été condamnée.
Pour Jordan Bardella, l’objectif est maintenant de « bâtir le programme », « former un gouvernement », et conduire le RN à la conquête d’« une majorité solide » à l’Assemblée nationale. Il affiche ainsi son ambition « de constituer un gouvernement d’union nationale qui ne sera pas composé exclusivement de cadres ou de parlementaires issus du RN ». Mais en lorgnant surtout vers la droite. « Une grande partie de l’électorat historique de la droite est aujourd’hui orpheline d’un leader et d’une incarnation », affirme-t-il, se disant convaincu que le président et candidat des Républicains (LR) « Bruno Retailleau finira par rejoindre Édouard Philippe », actuellement le mieux placé au sein du bloc central.
Un ticket « clair, performant, complémentaire »
Le président du RN est réputé plus sensible que Marine Le Pen à l’idée d’une union des droites, à laquelle travaille aussi le maire de Nice Éric Ciotti, leur allié depuis 2024. Il s’inscrira clairement, promet-il, dans ce binôme présidente/Premier ministre maintes fois loué par le parti lepéniste. « Marine Le Pen aspire à présider la France. Je souhaite la gouverner ». Un ticket « clair, performant, complémentaire, solide et équilibré », a vanté Marine Le Pen dans un entretien au Journal du Dimanche.
Le duo politique domine pour l’instant très largement les sondages à neuf mois des élections des 18 avril et 2 mai. Marine Le Pen atteint désormais 35 % d’intentions de vote au premier tour, comme Jordan Bardella il y a quelques semaines, et elle est donnée gagnante au second tour face à tous ses rivaux potentiels dans une enquête Elabe pour La Tribune Dimanche.
« Un parti sans discussion et des chefs entourés de silence, cela n’existe pas »
Mais fort de son statut d’ex-présidentiable, Jordan Bardella veut maintenir une voix forte au sein du parti. Après avoir, à plusieurs reprises ces derniers mois, fait entendre une sensibilité différente de celle de Marine Le Pen, notamment sur les retraites ou la taxation des surprofits des géants énergétiques.
« Je poursuivrai le travail de fond et d’influence que j’ai entrepris depuis que je suis président du RN, notamment sur les enjeux économiques », affirme-t-il, décidé à « jouer un rôle de premier plan » et semblant assumer son approche pro-business au sein du parti. Avant d’enfoncer le clou sur cette liberté de parole et de proposition. « Je le dis : un parti sans discussion et des chefs entourés de silence, cela n’existe pas », a-t-il ajouté.
Comme Marine Le Pen elle-même, Jordan Bardella estime que la candidature de la leader du RN ne peut plus être empêchée par la justice, même si la Cour de cassation parvient à respecter le calendrier qu’elle s’est fixé, à savoir une décision avant début avril. « On ne peut pas parler […] d’une « incertitude judiciaire », car ce paramètre a été levé par la cour d’appel et par plusieurs déclarations de hauts magistrats français depuis le 7 juillet », affirme dans le JDD Marine Le Pen, rejetant comme une « hypothèse irréaliste » la perspective d’un aléa judiciaire.