Et si Marine Le Pen et Édouard Philippe faisaient match nul à la présidentielle ?
Stupeur dans les coulisses du ministère de l’Intérieur après le recomptage des bulletins du second tour de la présidentielle. Marine Le Pen et Édouard Philippe finissent à égalité parfaite, à la voix près…
En cette chaude fin d’après-midi du mois de mai, Pascal essuie du revers de la main la goutte de sueur qui perle sur son front. Le fonctionnaire jette un regard triste vers la cour intérieure du Palais-Royal. Un soleil ardent illuminait les colonnes du péristyle de Chartres, attenant au Conseil constitutionnel. Son œil s’attarde sur les boiseries splendides de la salle de réunion où s’affairent ses collègues ; passe en revue les piles de dossiers, les lignes téléphoniques sécurisées et les écrans couverts de rangées de chiffres qui dissimuleraient presque l’armada de fonctionnaires au travail ; se pose enfin sur Catherine Leroy, la secrétaire générale du Conseil, qui se racle la gorge avant d’annoncer : « Chers collègues, il est temps de mettre en commun nos remontées. Nous procéderons par ordre administratif, en commençant par l’Ain et en terminant par Mayotte. Les résultats des contrôles s’afficheront en temps réel sur cet écran. »
Le silence se fait lourd dans la pièce. Seul le ronronnement des serveurs et le cliquetis frénétique des claviers viennent rompre la gravité de l’instant. L’Ain, l’Aisne, l’Allier… Les chiffres défilent. À chaque département validé, l’écart entre la candidate du Rassemblement National et l’ancien Premier ministre se réduit comme peau de chagrin. À 19 heures passées, alors que Mayotte livre ses ultimes procès-verbaux, le compteur général s’immobilise.
15 842 109 voix. 15 842 109 voix.
50,00 % contre 50,00 %.
Dans la salle des délibérations, la stupeur cède la place à un vertige collectif. Catherine Leroy ajuste ses lunettes, vérifie deux fois la ligne de calcul, puis se tourne vers le président du Conseil constitutionnel. « Monsieur le Président… nous avons un cas d’égalité absolue. »
Le casse-tête constitutionnel
La nouvelle éclate comme un tonnerre dans les états-majors politiques et sur les plateaux de télévision. Sur BFM TV et France Info, les politologues bégayent. En théorie, pour les élections municipales ou départementales, le Code électoral français prévoit qu’en cas d’égalité, le candidat le plus âgé l’emporte. Mais pour l’élection présidentielle, l’article 7 de la Constitution de 1958 exige une majorité absolue des suffrages exprimés. Aucun texte n’a jamais anticipé un tirage au sort ou un départage à l’âge pour la magistrature suprême.
Au QG de Marine Le Pen, on crie déjà à la victoire morale et on réclame l’application du principe du plus âgé, qui lui donnerait l’avantage. Chez Édouard Philippe, on invoque la légitimité démocratique et l’impossibilité de trancher la destinée de la nation sur un simple biais démographique.
Au Palais-Royal, les Sages se réunissent en urgence à huis clos. La crise institutionnelle menace d’ébranler le pays. Deux options s’affrontent : recourir au tirage au sort — une hérésie républicaine — ou annuler le scrutin et convoquer un nouveau vote.
Le dilemme de l’Article 7 : La Constitution stipule que le Président est élu à la majorité absolue. Sans cette majorité formelle pour l’un des deux candidats, aucun procès-verbal d’investiture ne peut être légalement signé.
L’annonce officielle
À 22 heures précis, le Président du Conseil constitutionnel s’avance devant les caméras du monde entier, le visage grave.
« Citoyennes, citoyens. En raison d’une égalité stricte des suffrages exprimés lors du second tour et en l’absence de majorité absolue constatée pour l’un des candidats, le Conseil constitutionnel déclare l’impossibilité de proclamer l’élection du Président de la République. En vertu de nos pouvoirs régulateurs, le second tour de l’élection présidentielle est annulé. »
Pour la première fois sous la Vᵉ République, les Français sont rappelés aux urnes deux semaines plus tard pour un “troisième tour” inédit. La France retient son souffle, consciente d’avoir frôlé l’impasse institutionnelle ultime.