Marine Le Pen, dirigeante d’extrême droite française, comparaît de nouveau devant le tribunal ce mardi pour faire appel de sa condamnation pour détournement de fonds. Le verdict déterminera si elle est éligible à l’élection présidentielle de 2027. Son parti est actuellement en tête des sondages.
Marine Le Pen connaîtra bientôt son sort politique : son appel devant un tribunal parisien ce mardi pourrait anéantir ses espoirs de se présenter à l’élection présidentielle française de 2027, pour laquelle son parti est actuellement favori.
Marine Le Pen s’est déjà présentée à la présidence de la République française à trois reprises (en 2012, 2017 et 2022).
Elle a été élue pour la première fois au Parlement européen en 2004, et l’affaire actuelle porte sur des accusations de versements à des assistants du Rassemblement national (RN). Marine Le Pen, le RN et d’autres sont accusés d’avoir utilisé des fonds du Parlement européen pour rémunérer des employés du parti en France.
Les coaccusés affirment que l’argent a été utilisé légitimement pour des activités parlementaires européennes ; Marine Le Pen a déclaré qu’elle considérait qu’une partie du travail d’un député européen consistait à promouvoir le programme du parti en France et à l’étranger.
En mars 2025, Marine Le Pen a été condamnée à quatre ans de prison – dont deux ans de détention – pour détournement de fonds, à une amende de 100 000 € et à une interdiction d’exercer une fonction publique pendant cinq ans, avec effet immédiat.
Si la cour d’appel de Paris confirme le jugement, cela provoquerait un véritable séisme au sein du parti d’extrême droite RN, qui est en tête des sondages depuis plusieurs mois.
Préjudice financier au Parlement européen
En première instance, les juges ont reconnu Marine Le Pen coupable, ainsi que 24 anciens députés européens, des assistants parlementaires, un comptable et le Rassemblement national, d’avoir utilisé des fonds du Parlement européen pour rémunérer des employés du parti entre 2004 et 2016.
Les juges ont estimé que l’affaire ne résultait pas d’« erreurs administratives » ni d’une confusion des règles européennes, mais constituait un « détournement de fonds s’inscrivant dans un système conçu pour réduire les coûts de fonctionnement du parti ».
Le tribunal correctionnel de Paris a évalué le préjudice financier subi par le Parlement européen à 3,2 millions d’euros, après déduction de 1,1 million d’euros déjà remboursés par certains des prévenus.
Seuls 12 des personnes condamnées en mars 2025, ainsi que le parti lui-même, ont fait appel. Parmi elles figurent le maire de Perpignan, Louis Aliot, le député Julien Odoul, le député européen Nicolas Bay, et les figures importantes du parti, Wallerand de Saint-Just et Bruno Gollnisch.
Nouvelles attaques contre le pouvoir judiciaire
Comme lors du premier procès, Marine Le Pen entend plaider non coupable et affirmer que l’affaire est politiquement motivée, visant à l’empêcher de se présenter à la présidence.
« Le juge de première instance a écrit que le but n’était pas seulement de m’empêcher de me présenter, mais aussi d’être élue », a déclaré Marine Le Pen à l’hebdomadaire économique La Tribune Dimanche le 28 décembre. « Il fut un temps où l’on était fusillé. Aujourd’hui, on est fusillé par la justice. C’est la mort politique. »
Depuis le prononcé du verdict, la présidente de la cour, Bénédicte de Perthuis, a reçu des menaces de mort et a été placée sous protection policière.
Dans son arrêt, le tribunal a justifié la sévérité de la peine par le refus de Marine Le Pen de reconnaître les faits, la gravité des infractions et le risque de récidive.
Les juges ont également défendu l’application immédiate de son interdiction d’exercer toute fonction publique, estimant qu’elle était nécessaire pour garantir que les élus « ne bénéficient pas d’un traitement de faveur incompatible avec la confiance du public dans la vie politique ».
Allégations d’ingérence américaine
En décembre, le magazine allemand Der Spiegel a rapporté que Washington avait envisagé d’imposer des sanctions aux juges ayant condamné Marine Le Pen. Le président américain Donald Trump avait auparavant critiqué ce jugement, réclamant la « libération » de Le Pen et dénonçant une « chasse aux sorcières ».
« Si de telles actions étaient confirmées ou mises en œuvre, elles constitueraient une ingérence inacceptable et intolérable dans les affaires intérieures de notre pays », a déclaré Peimane Ghaleh-Marzban, président du tribunal correctionnel de Paris, le 6 janvier.
Il a évoqué les récentes sanctions américaines visant des juges étrangers, notamment un juge français de la Cour pénale internationale impliqué dans le mandat d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.
Le procureur général français, Rémy Heitz, a par la suite minimisé ces allégations, affirmant qu’il n’y avait « rien de tangible » à ce stade qui suggère une ingérence dans la procédure d’appel et qualifiant ces informations de « rumeurs de presse ».
Le département d’État américain a également démenti ces allégations, la sous-secrétaire d’État Sarah B. Rogers qualifiant la fuite rapportée de « vieille et fausse ».
La Royal National Court a rejeté ce qu’elle a qualifié de « rumeur propagée par un média hostile », arguant que les propos du président du tribunal de Paris risquaient de donner du crédit à une « fausse information » et constituaient une pression indue sur les juges d’appel.
Décision attendue cet été.